Installer un système de vidéoprotection dans les parties communes d’une copropriété obéit à des règles strictes. Ce guide complet répond à toutes les questions des syndics et des copropriétaires.
Installer un système de vidéoprotection dans les parties communes d’une copropriété obéit à des règles strictes. Ce guide complet répond à toutes les questions des syndics et des copropriétaires.
La vidéoprotection en copropriété est aujourd’hui l’une des mesures de sécurité les plus plébiscitées par les résidents des immeubles collectifs en France. Face à la hausse des intrusions dans les halls d’entrée, des dégradations dans les parties communes et des vols dans les parkings souterrains, de nombreux syndicats de copropriétaires souhaitent équiper leur immeuble de caméras de surveillance dans les parties communes. Selon l’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales (ONDRP), les résidences dotées d’un dispositif de vidéoprotection enregistrent en moyenne une réduction de 38 % des actes de malveillance dans les douze mois suivant l’installation.
Pourtant, installer des caméras de surveillance dans une copropriété ne s’improvise pas. Entre le vote obligatoire en assemblée générale, les zones strictement interdites à la surveillance, les obligations déclaratives auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) et le respect du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD), les règles sont nombreuses et leur méconnaissance expose le syndicat à des sanctions civiles et pénales sévères. Ce guide vous accompagne pas à pas dans votre projet de vidéoprotection.
La présence visible de caméras de surveillance dans les parties communes d’un immeuble constitue le premier niveau de protection : la dissuasion. Un individu mal intentionné qui repère un dispositif de vidéoprotection actif dans les couloirs, le hall d’entrée ou le parking d’une résidence renonce statistiquement dans la grande majorité des cas, préférant cibler des bâtiments moins bien sécurisés. Les forces de l’ordre constatent d’ailleurs que les immeubles équipés de caméras font l’objet de moins de tentatives d’effraction, de tags et de dégradations que les bâtiments sans surveillance électronique.
Au-delà de la dissuasion, les enregistrements vidéo constituent des éléments de preuve recevables devant les juridictions civiles et pénales. En cas de cambriolage, de dégradation des parties communes, de litige entre copropriétaires ou d’accident dans les espaces partagés, la consultation des images permet d’identifier les auteurs des faits et de faciliter le travail des enquêteurs. Plusieurs décisions de justice ont reconnu la validité des enregistrements issus de systèmes de vidéoprotection en copropriété, à condition que ces systèmes aient été installés dans le respect de la réglementation en vigueur.
Un argument souvent méconnu des syndicats de copropriétaires : l’installation d’un système de vidéoprotection homologué peut donner lieu à une réduction de la prime d’assurance multirisque immeuble de l’ordre de 8 à 20 % selon les contrats et les compagnies. Certains assureurs exigent même ce type d’équipement pour maintenir la couverture des biens contre le vol dans les parties communes. Il est recommandé de consulter votre assureur avant de lancer la procédure de vote en assemblée générale afin d’intégrer cet argument dans la note d’information aux copropriétaires.
La délimitation précise des zones pouvant faire l’objet d’une surveillance vidéo est l’un des points les plus sensibles du projet. La règle générale est simple : les caméras ne peuvent filmer que les parties communes de l’immeuble, jamais les logements privés ni les espaces où les personnes peuvent légitimement se trouver en situation d’intimité.
Zone prioritaire. Caméra à grand angle couvrant le sas d’entrée, les boîtes aux lettres et la porte principale. Résolution minimale recommandée : 2 mégapixels.
Caméra miniature encastrée dans la cabine d’ascenseur. Caméras dôme plafond dans les couloirs et paliers d’étages, angle large, positionnées pour ne pas viser les paliers de portes privatifs.
Caméra miniature encastrée dans la cabine d’ascenseur. Caméras dôme plafond dans les couloirs et paliers d’étages, angle large, positionnées pour ne pas viser les paliers de portes privatifs.
Jardins, cours intérieures et allées de la résidence. Autorisés sous réserve de ne pas filmer les voies publiques ou les logements voisins. Caméras extérieures IP65 minimum.
Locaux à vélos, caves communes, locaux à poubelles, locaux techniques. Surveillance autorisée pour prévenir les vols et intrusions dans ces espaces souvent peu éclairés.
Intérieur des logements, paliers filmant directement les portes privatives, espaces permettant de filmer la voie publique sans autorisation préfectorale. Toute infraction est pénalement sanctionnée.
Le choix des équipements est déterminant pour l’efficacité du système et sa longévité. Pour une copropriété, les types de caméras de vidéoprotection les plus adaptés sont les suivants :
Profil de copropriété
Nombre de caméras
Budget matériel
Installation
Total indicatif
Petit immeuble (moins de 10 lots)
2 à 4 caméras
400 – 1 200 €
500 – 1 000 €
900 – 2 200 €
Résidence moyenne (10 à 40 lots)
4 à 10 caméras
1 200 – 4 000 €
1 500 – 3 500 €
2 700 – 7 500 €
Grande copropriété (40 à 100 lots)
10 à 25 caméras
4 000 – 12 000 €
4 000 – 8 000 €
8 000 – 20 000 €
Résidence sécurisée (100+ lots, parking)
25 à 60+ caméras
12 000 – 40 000 €
10 000 – 25 000 €
22 000 – 65 000 €+
Le coût d’installation du système de vidéoprotection est inscrit au budget prévisionnel de la copropriété et réparti entre les copropriétaires selon les tantièmes généraux, comme toute dépense d’entretien et d’amélioration des parties communes. Les charges de maintenance annuelle (vérification des équipements, remplacement des disques de stockage, mises à jour des logiciels) sont également intégrées aux charges courantes de la résidence.
Réaliser un diagnostic de sécurité de la résidence
Identifiez les zones à risque, les incidents passés recensés et les angles morts à couvrir. Consultez les résidents pour recenser leurs préoccupations principales. Ce diagnostic peut être réalisé par un prestataire spécialisé ou par le conseil syndical.
Solliciter plusieurs devis auprès d'installateurs certifiés
Faites appel à des entreprises qualifiées (certification RGS, référencement APSAD). Au moins un devis doit être joint à la convocation de l’assemblée générale conformément à la réglementation.
Inscrire le point à l'ordre du jour de l'assemblée générale
Le syndic rédige une note d’information détaillée (zones filmées, coût, impact sur les charges, obligations légales) et la joint à la convocation envoyée 21 jours avant l’assemblée.
Voter la décision à la majorité absolue (article 25)
L’assemblée vote le projet, le budget et le choix du prestataire. En cas d’échec au premier vote mais avec au moins un tiers des voix, un second vote à la majorité simple est immédiatement possible (article 25-1).
Effectuer les démarches administratives obligatoires
Demande d’autorisation préfectorale si des espaces extérieurs ou la voie publique sont filmés. Mise à jour du registre des traitements de données RGPD. Rédaction et affichage de la charte de vidéoprotection de la résidence.
Faire installer le système par le prestataire retenu
L’installation doit être réalisée par un professionnel certifié. Vérifiez la pose des panneaux de signalisation obligatoires dans toutes les zones surveillées, la configuration des durées de conservation et la sécurisation des accès aux enregistrements.
Conformément aux articles 13 et 14 du RGPD, toute personne susceptible d’être filmée doit être préalablement informée de l’existence du système de vidéoprotection, de l’identité du responsable du traitement (le syndicat de copropriétaires), de la finalité de la collecte (sécurité des biens et des personnes), de la durée de conservation des images et de ses droits d’accès et de rectification. Cette information s’effectue par voie d’affichage de panneaux normalisés à l’entrée de chaque zone surveillée et dans le règlement de copropriété mis à jour.
Les enregistrements de vidéoprotection doivent être stockés dans un espace sécurisé (local technique fermé à clé ou enregistreur vidéo réseau protégé par mot de passe fort) accessible uniquement aux personnes habilitées. Tout accès aux images doit être tracé (journal d’accès horodaté). La transmission des enregistrements à la police ou à la gendarmerie ne peut s’effectuer que sur réquisition judiciaire, conformément aux dispositions du Code de procédure pénale.
L'installation d'un système de vidéoprotection dans les parties communes d'une copropriété est soumise au vote de l'assemblée générale à la majorité absolue des voix de tous les copropriétaires, conformément à l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965. Cela signifie que plus de la moitié des voix de l'ensemble des copropriétaires (présents, représentés et absents) doit être favorable. Si cette majorité n'est pas atteinte mais que le projet recueille au moins un tiers des voix, un second vote à la majorité simple des voix exprimées peut intervenir immédiatement (article 25-1).
Oui, tout copropriétaire peut s'opposer au projet lors du vote en assemblée générale. Si la majorité requise est atteinte, la décision s'impose néanmoins à l'ensemble des copropriétaires, y compris ceux qui ont voté contre. Un copropriétaire opposant peut toutefois contester la décision devant le tribunal judiciaire dans un délai de deux mois à compter de la notification du procès-verbal d'assemblée générale, s'il estime que la procédure n'a pas été respectée ou que la décision est abusive.
Depuis l'entrée en vigueur du RGPD en 2018, le régime de déclaration préalable à la CNIL a été supprimé pour la majorité des traitements courants, y compris la vidéoprotection en copropriété pour la sécurité des biens. Le syndicat de copropriétaires doit en revanche tenir un registre des activités de traitement de données (obligatoire pour toutes les structures gérant des données personnelles), informer les personnes filmées par voie d'affichage et respecter les droits des personnes concernées. Si le syndicat désigne un délégué à la protection des données, il doit également être enregistré auprès de la CNIL.
La durée maximale de conservation des enregistrements de vidéoprotection en copropriété est de 30 jours. Au-delà de ce délai, les images doivent être automatiquement effacées par le système. Cette durée peut être raccourcie (7 ou 15 jours par exemple) mais ne peut en aucun cas dépasser 30 jours, sauf réquisition judiciaire ou procédure pénale en cours justifiant une conservation prolongée à la demande des autorités.
Les caméras positionnées dans les couloirs peuvent techniquement "voir" les paliers, mais elles ne doivent en aucun cas permettre de filmer l'intérieur d'un appartement lorsque la porte est ouverte. Le positionnement et l'angle de vue de chaque caméra doivent être soigneusement calculés pour éviter tout empiètement sur la sphère privative des résidents. Un positionne incorrecte constitue une atteinte à la vie privée sanctionnée pénalement par l'article 226-1 du Code pénal, même si l'installation a été régulièrement votée en assemblée générale.
L'accès aux enregistrements de vidéoprotection doit être strictement limité aux personnes nommément habilitées par le syndicat de copropriétaires : généralement le syndic professionnel (ou bénévole), les membres du conseil syndical désignés à cet effet et le gardien ou le gestionnaire de site. Les forces de l'ordre peuvent également accéder aux images sur réquisition judiciaire. La liste des personnes habilitées doit être formalisée par écrit et conservée par le syndicat. Tout accès aux enregistrements doit faire l'objet d'une traçabilité (journal horodaté).
Oui, le parking souterrain d'une copropriété est une partie commune et peut être équipé de caméras de vidéoprotection après vote de l'assemblée générale à la majorité absolue. C'est même l'une des zones les plus recommandées pour la surveillance, compte tenu du taux élevé de vols de véhicules et d'objets dans les parkings non surveillés. Les caméras doivent être adaptées aux conditions de faible luminosité (vision nocturne) et d'humidité (indice de protection IP65 minimum). Aucune autorisation préfectorale n'est nécessaire si le parking est entièrement fermé et non accessible depuis la voie publique.
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